CONSULTATION CITOYENNES SUR LES DEFIS POLITIQUES ET SOCIAUX EN VUE DE CONTRIBUER AU RENFORCEMENT DU PROCESSUS DE RECONCILIATION NATIONALE ET DE COHESION SOCIALE

En date du  14-05-2019

COMMUNICATION SUR LE THÈME :

Incivisme et la violence en milieu scolaire : les causes et les risques sur la cohésion sociale“.

Communicateur : M.KONE ADAMA, Proviseur Lycée Moderne 1 Abobo

Lieu : Mairie d’Abobo

Introduction :

Au sortir de la crise post-électorale, le gouvernement ivoirien a été confronté à plusieurs défis, notamment celui de la sécurité, de la réconciliation nationale, de la relance économique et de la cohésion sociale. Beaucoup d’effort ont été accompli à la foi par le gouvernement du Président Alassane Ouattara et des organisations non gouvernementales en vue de relever tout ou partie de ces défis. Ce qui a permis à la cote d’ivoire de parvenir à un processus politique et sociale globalement apaisé.

Cependant, force est aujourd’hui de constater que de nouveaux types de comportement ont fait surface, notamment dans le milieu scolaire et qui, si on n’y prend garde, compromettent dangereusement cette dynamique. Il s’agit de l’incivisme et de la violence. Ces maux s’emparent de notre jeunesse à une vitesse si vertigineuse qu’il apparait opportun de savoir quelles en sont les causes et quelles conséquences ils peuvent avoir sur la société ivoirienne ? D’où le thème de cette rencontre d’échange : « INCIVISME ET LA VIOLENCE EN MILIEU SCOLAIRE : LES CAUSES ET LES RISQUES SUR LA COHESION SOCIALE ».

Dans la recherche d’une meilleure compréhension de ce thème, notre communication va s’articuler autour de trois axes majeurs :

I- Définition des concepts

II- Les causes et manifestations

III- Les conséquences et les solutions

Conclusion

I- DEFINITIONS

1- Le Civisme :

Le civisme  est le dévouement envers la collectivité et l’Etat, le respect des règles établies

2- L’incivisme :

L’incivisme est l’acte du citoyen consistant au non respect, au non attachement et au non dévouement pour la collectivité, les symboles, les lois et les valeurs de l’institution scolaire.

  3- La violence :

La violence est un acte brutal portant atteinte à l’intégrité physique et moral d’une personne. En milieu scolaire, la violence est la transgression ou le non respect de l’ordre scolaire, des règles coutumières de la vie scolaire.

II- LES CAUSES ET LES MANIFESTATIONS DE L’INCIVISME ET DE VIOLENCE EN MILIEU SCOLAIRE

A- Les causes :

1- Les causes exogènes :

Il s’agit des causes que l’environnement et la société des adultes imposent aux adolescents.

  • Violence politique verbales et ou physique.
  • La violence verbale ou physique comme mode d’expression syndicale en milieu scolaire
  • Environnement agressif à travers des infrastructures vieillissantes qui par ricochet agissent négativement sur la psychologie des enfants qui y vivent.
  • Proximité des débits de boisson et de fumoirs.
  • L’absence ou l’insuffisant d’aire de jeux qui empêche les enfants de dépenser leur trop plein d’énergie.
  • La trop grande concentration d’élèves dans un même établissement (5000 à plus de 6000 élèves)
  • La trop grande place accordée aux droits des enfants sans que cela ne s’accompagne souvent de communication sur leurs devoirs.
  • L’environnement familial
  • Les mauvaises interprétations de la charte de l’enfant.
  • Le mauvais exemple comportemental de certains acteurs éducatifs en période de grève.
  • L’introduction et l’usage des stupéfiants dans le milieu scolaire
  • Le déclin des valeurs morales traditionnelles (tolérance, respect de l’autre, soumission, primauté du collectif sur l’individuel. (…)
  • Les mauvais exemples donnés par certains parents à leurs enfants à travers la défiance de l’autorité et les valeurs sociales. Bref, les enfants prennent à leur compte tous ces dérapages sociaux, auxquels s’ajoute l’incertitude du lendemain.

2- les causes endogènes :

D’après les sociologues le monde est constitué de trois niveaux. Il y a ce que nous appelons le normal, il y a l’anormal et enfin le paranormal.

Toute société humaine est régie par les deux premières composantes de ce triptyque. C’est-à-dire le normal et l’anormal. Force est malheureusement de constater aujourd’hui que dans nos établissements scolaires nos enfants ne font aucune différence entre ces deux concepts. Vous conviendrez avec moi que pour changer de direction, il faut d’abord savoir qu’on n’est pas dans la bonne direction. Nos enfants n’ont plus de repères. Ils ne font aucune différence entre leurs camarades et les adultes.

  • Les élèves agissent par mimétisme en copiant sur les adultes.
  • Ils agissent également par effet de mode (…du boro d’enjaillement hier, ils en sont aux jets de pierres aujourd’hui après être passés par des pétards).

B- les manifestations de l’incivisme et de violence en milieu scolaire

L’incivisme et la violence en milieu scolaire se manifestent tant à l’intérieur des établissements que parfois à l’extérieur den ceux-ci. Ils ont pour cibles les élèves eux-mêmes, les personnels les institutions scolaire et les citoyens lambda.

1- Au sein des établissements :

  • Le refus du respect des règlements intérieurs des établissements.
  • Le refus d’exécuter les ordres venant des personnels des établissements
  • Les agressions verbales et physiques, des injures et même des menaces de mort à l’endroit des personnels.
  • La destruction de biens publics ou de biens privés appartenant aux personnels. (Zikisso 2018, Duékoué 2018)
  • Des vols organisés dans les classes ou dans la cour de l’école par des groupes d’élèves munis d’armes blanches.
  • Le refus des élèves de se soumettre aux examens blancs et ou autres devoirs de niveau en s’adonnant à des jets de pierres dans la cour de l’école.
  • Le non respect des dates officielles de congés scolaires par les élèves qui se mettent en congé plusieurs jours par avance et choisissent même parfois la date de retour.
  • La présence des élèves candidat aux épreuves physiques et sportives des examens à grand tirage donne de plus en plus lieu à des affrontements violents et dramatiques entre ceux-ci et les élèves des établissements d’accueil.
  • Les tables bancs et autres équipements sont constamment détruits par des actes gratuits de vandalisme.
  • Les graffitis et autres peintures agressent chaque sur les murs, les portes et les fenêtres des bâtiments.
  • Le matériel électrique et les canalisations d’eau sont vandalisés.

Bref, par des comportements claniques, nos élèves ont du mal à s’accepter aujourd’hui.

2- A l’extérieur des établissements :

Lors des scènes de violence des élèves, dans le but de protéger les personnels des établissements et la frange des élèves innocents, les administrations scolaires sont souvent obligées de faire appel aux forces de l’ordre qui procèdent à l’évacuation des lieux par des moyens légaux et conventionnels. Malheureusement ces missions citoyennes de nos forces de l’ordre sont très mal vues par les élèves qui s’en prennent à elles. Empêchés ainsi de régler des comptes au sein des établissements, leur champ de bataille se déporte à l’extérieur. Les biens publics et privés en font les frais sur leur passage, sans compter les agressions physiques gratuites sur des personnes innocentes et étrangères à l’école.

Les conséquences en sont souvent incalculables.

III- LES CONSEQUENCES ET LES SOLUTIONS :

       A- Les conséquences :

Notons que tout ce qui précèdent est préjudiciable à la cohésion sociale et pour cause :

1- Au plan scolaire et social :

  • Le sentiment d’insécurité se généralise dans nos établissements.
  • La démotivation des personnels enseignants et administratifs.
  • Le décrochage de certains élèves par peur de la violence.
  • A force d’être malmené, le système éducatif présentera des signes d’inefficacité.
  • Des adolescents qui ne s’acceptent pas aujourd’hui auront du mal à cohabiter demain aussi bien dans l’arène politique que dans la vie sociale.
  • Au plan international, nos enfants sont en passe de devenir de moins en moins compétitifs.

2- Au plan économique :

  • L’émergence que nous appelons aujourd’hui de tous nos vœux risque d’être grippée, avec des cadres mal formés, peu compétitifs et en clain à des règlements de compte…

B- Les solutions :

1- Au plan scolaire :

  • Il faut renforcer les mesures préventives contre les infractions liées à l’incivisme et la violence en milieu scolaire.
  • Réajuster le rapport entre l’élève et l’enseignant.
  • Redéfinir les textes qui régissent la vie scolaire.
  • Sensibiliser davantage les élèves sur l’intérêt du civisme et de la non-violence.
  • Sensibiliser les acteurs de l’école sur l’exemplarité de leurs comportements vis-à-vis des élèves.
  • Sensibiliser les parents d’élèves sur la prééminence de leur rôle dans l’éducation de leurs progénitures.
  • Construire de plus en plus d’établissements afin de décongestionner ceux existant.

2- Au plan socio-politique :

  • Assainir le jeu politique et le débarrasser des oripeaux tels que, les injures, la haine, la désinformation et autres écarts de comportement.

Conclusion :

L’école à travers les apprenants est aujourd’hui malade. Cela impose que les adultes allions au feu, que nous apprenions et assumions les responsabilités qui sont les nôtres vis-à-vis de ces adolescents et de la nation. Faire l’économie de cette démarche aujourd’hui, nous rendra coupables devant l’histoire.

Avoir peur devant tout ce que nous verrons d’entendre, me parait légitime. Mais plus que la peur, il faut s’en inquiéter en nous posant la question suivante : Dans quel type de société vivrons nous dans 10-20-30 ans si rien n’est fait aujourd’hui ?

Je vous remercie pour votre attention.